Voyages voyages #05 – Foi de gazou


Contre la pluie, l’escale promise à Djerba la Douce

avec un quadrupède en guise de guide …

Les recoins. Oui, les recoins poussiéreux sont nos lieux adorés entre tous. Ils offrent une fraîcheur salutaire. On y voit sans être vu. Et lorsqu’une feuille de palmier, ici idéale, nous masque aux regards, nous pouvons nous couler derrière, l’œil grand ouvert sur les trouées de lumière. Nous aimons les hauteurs. Nous sommes rois en ce qui concerne l’escalade.

Ma place, je l’ai gagnée chèrement, mon oreille poinçonnée et mon œil fermé en parlent pour moi. Je règne sur la zone la moins chaude de notre domaine. Je trône au plus haut de la fontaine désaffectée, tout au fond du restaurant. Avec vivacité, j’attrape la charcuterie halal dont les clients n’ont pas voulu, et je lorgne sur leurs pâtisseries orientales et sur leur lait frais. Je m’endors rapidement sur mon promontoire, le ventre plein. Ici, je suis protégé par les bipèdes, au moins le matin. Le marbre blanc usé par des eaux anciennes est frais et dense sous ma tête. Je m’étire longuement. La lumière si blanche devient noire. Quelques poissons silencieux, aux regards translucides, passent sous mes paupières.  Rideau.

C’est la chaleur qui me réveille ? Non, le restaurant ferme, un serveur qui m’aime bien me chasse gentiment et je décide d’aller glaner de la tendresse au bord de la piscine, et pourquoi pas, d’aller rendre visite aux jeunes filles de la plage.

Traverser l’esplanade centrale de l’hôtel est une épreuve effroyable : la musique tonitrue alors qu’il n’est même pas 11 heures du matin, je croise des portées d’enfants rougeauds que l’or des cheveux ne parvient pas à rendre beaux. Je galope un peu mais la chaleur me rattrape, le soleil féroce me cloue au sol qui flamboie lui aussi. Forcé de ralentir le pas, je m’étale à l’ombre soudain apparue d’un étrange parasol.
Mais son pied d’une largeur extraordinaire se met bientôt à vaciller et émet des sons dans une langue qui serait certainement douce dans une toute autre bouche. Le pied tatoué de la femme, car ç’en est une, me cueille et me rapproche un peu plus de la plage. Mes côtes s’en souviendront longtemps…
Demain, me dis-je, j’enverrai les enfants faire un nouveau type de tatouage à côté de l’idéogramme chinois qu’elle arbore décliné sous (et sur) toutes ses formes – peu naturelles, d’ailleurs. M’est avis que ces mamelles ont dû lui coûter plus cher que la location des maisons troglodytes de Matmata à Georges Lucas.
Les blondinets aperçus plus tôt essaient de m’attraper pour me mettre des lunettes de piscine qu’ils ont achetées à la boutique de l’hôtel.

Ç’en est trop. Je fuis le bord de la piscine en rasant les bordures plantées d’énormes hibiscus rouges et roses. Les clientes adorent se mettre une fleur écarlate dans les cheveux, elles disent que ça fait « vahiné ».
Moi, je trouve que c’est comme une poignée de sable soudain lâchée dans le désert : rouge sur rouge, on ne voit pas vraiment la différence…

 

≡ Ne manquez pas le prochain épisode : Joli-Gazou à la plage ! 
   Version sonore à venir prochainement-asap-etc.  

— Marie G.

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3 commentaires

  1. Max wrote:

    Excellent… Hâte de lire la suite !

  2. Pascal wrote:

    Je me faisais la même réflexion quant à la suite… Impatience de découvrir le prochain épisode. Le lecteur est insatiable et ce gazou bien intrigant !

  3. Moi aussi je veux lire la suite. C’est que je le connais le Gar Zou, quant à la plage, bien que pas trop pratiquant, je la connais aussi.

    Grosses bises

Lire les articles précédents :
Tease, tease, tease

Bientôt, tu seras loin. Tu auras très, très chaud, et tu seras moins humain. Guette la prochaine note, tu verras bien......

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