Une photo prise les yeux fermés ? (C’est possible)

Se connaître, même un peu, est un chemin sacrément long. Juste, en fait, un chemin éternel. J’imagine bien que, si j’ai la chance de dépasser les 90 ans comme mes deux arrière-grand-mères, je découvrirai encore, au détour d’un échange ou d’un écrit, encore des recoins insoupçonnés de ma psyché.

En attendant les révélations inopinées, il y a toujours d’étonnantes façons de se découvrir. Une amie photographe, Benoîte, proposait cet été des « portraits les yeux fermés ». Au départ, je pensais que ce n’était pas pour moi, pour la bonne et simple raison qu’une très bonne photo de moi, c’est déjà trop « me voir ». Puis j’ai vu les images des autres, et j’ai voulu tester.

Ξ Nouveauté En vérité, pendant cette séance où Benoîte a les yeux fermés et vous photographie, il se passe quelque chose de tout à fait inédit. Quand un photographe vous regarde et vous dirige, vous vous en remettez à ce professionnel, c’est votre miroir, votre guide. Quand vous vous prenez en photo, c’est vous qui contrôlez ce qui arrive, pour donner l’image que vous souhaitez donner de vous-même ; mais dans les deux cas, il reste encore ce filtre du regard, qui gère et contrôle : le vôtre, ou celui du photographe, avec tous ses conditionnements sociaux et « perso », conscients ou non.

« J’suis hypermétrope » – par Benoîte FANTON le 1er juillet 2018

Ξ Espace rare La photographe ne vous regarde pas, mais elle est bien présente, et elle rit parfois de vous entendre fourrager comme un cochon d’Inde dans sa cage – et elle déclenche des flashes rayonnants à des moments-clés ; vous avez, pendant ce temps, un espace qui n’existe que pour vous et par vous. C’est rare, ces espaces-temps – là. C’est quasiment inexistant dans la vie de tous les jours.

On se trouve ici à la croisée des mondes : une intimité, mais révélée ; un moment à soi, mais partagé ; une capture d’image, mais extraite toute en discrétion et sensibilité ; une sorte de méditation, mais franchement active.

Du coup, sans le regard qui accompagne généralement le déclenchement de la photographie, on oublie les sourires de convenance, maîtrisés depuis l’enfance ; on fait des bêtises, on est triste ou vaillant : peu importe, puisque personne ne nous regarde vraiment.

Et puis, ensuite, on découvre, comme une surprise, des facettes innombrables de soi sur les images. Dont des poses étonnantes, étranges, qu’on ne se souvient pas d’avoir prises ; quelques « hors champ » évidemment, quelques membres baladeurs, des poses de pin-up et beaucoup d’étonnement.

My paper babies – par Benoîte FANTON

 

 

Ξ Voyage à peine mobile
« Mais comment j’ai atterri là ?! » – « Je ne me connaissais pas comme ça » – ou encore « ça, c’est vraiment moi » (pun intended) : on s’étonne, on se reconnaît, on ne s’est jamais vu comme ça.

C’est un exercice simple et vraiment bluffant à la fois, quelle que soit l’intention qu’on y associe au départ : est-ce apprivoiser son regard en biais, se remettre d’un trauma de photos-en-robe-à-volants-et-couettes-trop-serrées ou avoir un portrait de soi où on n’a pas l’air de sortir de prison ? Faites le test l’esprit léger, il n’y a que de belles surprises sur cette « bobine »-là.

⇐ « Je ne suis pas folle, vous savez. Bonsoir ! »
(oui, j’aime beaucoup les ramettes de papier)

Pour en savoir plus sur le travail de Benoîte : https://www.portraitalaveugle.com/ !

De nouvelles dates sont également à venir sur sa page Facebook. 

Soyons heureux ;)

— Marie G.

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