Un petit Dahl pour la route

Quand j’ai vu que c’était le Roald Dahl Day, mon sang n’a fait qu’un tour (scrogneugneu). Impossible de faire l’impasse sur un saut temporel pour faire l’apologie de cet auteur multifacettes.

A dix ans, j’étais un vrai rat de bibliothèque et l’auteur pour la jeunesse le plus lu, à l’époque, était Roald Dahl. L’été, quand la chaleur nous écrasait de tout son poids de petit chien (caniculus, beh oui les amis), je dévorais bouquin après bouquin, dans une grande chambre bleue du Sud-Ouest,  fraîche et assombrie par les volets mi-clos.

Le Bon Gros Géant[1], par exemple, je l’ai usé, mais usé… jusqu’à la reliure. Un jour, en CM1, j’ai tout simplement pu pré-écrire une dictée que ma tonitruante maîtresse avait piochée dans le bouquin de Dahl.
Je me souviens d’ailleurs que j’ai eu peur de me faire virer de la classe pour triche ou zèle, mais apparemment, le dieu des petits intellos existe, et il fait bien son job (sauf à partir du collège où, apparemment, il prend énormément de RTT).

Lire Matilda, par exemple, a été véritablement réconfortant. Cette histoire de gamine décalée, qui, à force d’être traitée d’intellectuelle et d’inutile par son entourage, développe un don surnaturel, a été un exutoire subtil.  A Charlie et la Chocolaterie[2] et sa suite, le Grand Ascenseur de Verre, je dédie ma passion actuelle pour les univers onirico-fantastiques et la science-fiction. Ils ont été les premiers voyages des jeunes lecteurs dans des milieux surréalistes et décalés, assez éloignés de l’adaptation chamarrée de Tim Burton qui, par ailleurs, était réussie (les Ooma-Loompa d’origine étaient trop liés à l’idée du colonialisme pour être représentés tels que décrits dans le livre au départ : des pygmées arrachés à leur jungle…).

Roald Dahl est un maître des mots, de la création de personnages entiers et d’univers que je qualifierais de « magico-dérangeants ». Même si le genre lui a pré-existé, dans les comics ou la littérature enfantine, rien n’est codifié et totalement apprivoisé dans ses ouvrages. Chaque créature semble avoir une vie propre, et son système de valeurs unique, en dehors de son existence de papier. Les dessins de Quentin Blake, complètement associés aux textes de l’auteur, collaient parfaitement au style de Dahl : expressifs et touchants, avec soudain une explosion de traits de plume…

Il y avait des indices dans ses ouvrages pour la jeunesse (des sorcières atrocement cruelles et horriblement laides, des géants mangeurs d’enfants) mais les recueils de nouvelles noires de Roald Dahl sont à lire absolument, pour les amateurs de cynisme et de sombres absurdités – parfois érotisées. Lorsqu’on les découvre, on comprend – trop tard ! –  à quel point cet homme sait emmener le lecteur dans des recoins sacrément sombres de sa conscience. Et quand on se penche sur sa bio, au passage, on comprend pourquoi.

A lire dans Bizarre ! Bizarre ! deux nouvelles en particulier : La machine à capter les sons, où un scientifique a réussi à isoler une fréquence sonore donnant à entendre les cris de souffrance qu’exhalaient les plantes que l’on coupait… dans l’autre, La Grande Grammatisatrice automatique, un jeune ingénieur crée une machine à écrire des romans automatiquement, évitant ainsi aux auteurs la fameuse angoisse de la page blanche, et permettant aux anciens sans idées de se refaire un nom… Par ailleurs, pour ceux d’entre vous qui veulent le suivre sur un versant plus sulfureux, je recommande très chaudement la lecture de La grande entourloupe[3].

Des pistes de réflexions terriblement actuelles, un style mordant… c’est peut-être dépassé[4], mais en cette rentrée littéraire, je vais dévorer un petit Dahl sur le pouce.

Sacrées Sorcières © Quentin Blake

 


[1] The BFG, 1982.

[2] Charlie and the Chocolate Factory, 1964.

[3] Switch Bitch, 1965

[4] Mais l’est-il tant que cela ? Un des films cultes de notre « génération 80 », Les Gremlins, est basé sur l’ouvrage éponyme de Roald Dahl, publié en…1943.

 

— Marie G.

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2 commentaires

  1. séb haton wrote:

    Un bon Dahl ne peut être dépassé :-)

    Honorée soit qui bien y pense !
    s.h.

  2. Marie G. wrote:

    Oui, hein ? Si prolifique et décalé, « et jamais égalé » !

Lire les articles précédents :
La rentrée ou « Le choix de Marie » | De vive voix #1

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