Saya Zamuraï, trompe-la-mort à lunettes

 

Notre époque laisse la part belle aux antihéros. Celui-ci, je lui ai couru après longtemps. Et courir après un héros d’Hitoshi Matsumoto n’est pas une mince affaire…

Saya Zamuraï (« Le Samouraï sans épée ») démarre aux côtés d’un homme, filmé comme un renard  qui fuit un feu de forêt. Un coin d’œil tragique mais sans pathos, une barbe de quelques jours, un accoutrement de samouraï fatigué.
Kanjuro Nomi, simplement, halète et reprend son souffle, et l’empathie avec le personnage est immédiate. Elle restera vissée à l’esprit du spectateur tout au long du film.

Kanjuro Nomi est un samouraï sans arme : déchu, il arpente les routes sans but. Là où on souhaiterait qu’il ait un acolyte bienveillant pour panser ses blessures, il est suivi par sa fille, Tae, un joli bouton de rose qui ne cesse de lui rappeller qu’il a été deshonoré, et devrait se faire seppuku (suicide rituel destiné à laver l’honneur d’un homme, plus connu sous le nom d’kara-kiri, bien que ces deux types de suicide diffèrent par leur intention, mais ce n’est pas ici le sujet – fin de la parenthèse puriste).
Capturé une nuit par un seigneur local, un shogun, dont le fils a perdu toute joie de vivre, Nomi aura 30 jours et autant de tentatives pour faire sourire le bambin. Au terme de ses missions burlesques, si le prince reste de marbre, le samouraï devra se tuer.

Entre un Chaplin désespéré et certains héros de Kurosawa, Takaaki Nomi, l’acteur, s’acquitte de la tâche qui lui est confiée avec le plus grand sérieux. De blagues potaches à l’homme-canon (ici, pensée éclair aux Aventures du Baron de Münchhausen…) en passant par la danse de la pêche à la loche – oui, c’est aussi un poisson – le samouraï à lunettes traverse tous les obstacles, les carreaux ronds semblant protéger son visage sillonné d’émotion. Dans ce film à la structure des plus classiques, on voit passer çà et là quelques références à la pop culture, on pense aussi beaucoup à Kitano…

 

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Mais il a un truc, ce mec, se dit-on, lorsque le film se termine sur une note d’un pop kitsch sublime.

En voyant le making-of, le fameux « truc » s’éclaire. Takaaki Nomi est un voisin de Matsumoto, un « marginal », précise le réalisateur. Il a tourné la majorité du film sans savoir qu’il s’agissait d’une fiction, et dans cette optique, les acteurs n’avaient pas l’autorisation de s’adresser à lui. Ce que personnellement j’ai trouvé un rien moyen,  tout comme la manière dont le réalisateur se moque de son acteur principal dans les festivals où le film reçoit un accueil évidemment dithyrambique. Mais on ne badine pas avec la création…


Takaaki Nomi a donc tourné seul, a accompli toutes les cascades, et il ne s’agit pas que de pitreries badines (l’homme-canon, quelle angoisse !).

Il EST ce samouraï sans épée, qui en un regard nous rappelle la condition humaine, et la seule manière de tromper la mort : rire. Rire, à gorge déployée.

 

Le film vient de sortir en DVD.

— Marie G.

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