Résurgence


Ouvrir la porte bleu pâle qui chuintera doucement, comme toujours depuis le commencement de mon monde, sauter les trois marches d’un coup, marcher dans le vent de fin de printemps qui porte des odeurs d’herbe écrasée et de paille, sentir bruisser le grand noyer chargé de fruits dans mon dos.

Contourner la maison, faire face à ces collines aux couleurs de Brueghel, émaillées de demeures ocre et terre cuite, avoir envie de se muer entièrement en terre friable, de se confondre avec l’humus, nourrir de puissantes petites graines, être caressé par ce soleil pâle et brûlant.

Alors, courir dans le champ en pente, laisser les fleurs sauvages fouetter ma peau encore pâlotte d’hiver, fermer les yeux soudain, au milieu de la course, et se laisser tomber pour rouvrir grand les paupières, que piquettent les graminées encore jeunes.

La terre, dessous, est spongieuse comme un chien monstrueux endormi après un bain de rivière.
Elle aspire lentement, avec une sage délectation, les rayons du soleil, qui rendront à La Combe son aspect verdoyant, ce vert profond périgourdin, exempt des chichis bucoliques de la cambrousse des bouquins pour enfants. Une nature odorante, forte, animale, qui lance comme un appel reptilien, du fond des âges, à revenir vers son antre…

Fesses mouillées, ensuite, relever le museau et voir les oiseaux, mésanges, merles et merlettes, moineaux, sautillantes et délicates présences, tandis que la nature veille sur nous depuis les collines en éveil.

Oui, je suis nostalgique des champs en friche de mon enfance, du regard porté au loin surtout, quand je croyais encore que les nuages étaient sucrés comme de la barbe-à-papa.

Rââh, éprouver encore ce Carpe Diem inné, sans anticipation aucune…

Etre au monde,juste être au monde, sans penser une seule seconde !

— Marie G.

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3 commentaires

  1. seb haton wrote:

    J'ai entendu louer une prose "légère mais charpentée".
    Ma foi, je vous retourne le compliment :))
    sébastien h.

  2. Ma-Li wrote:

    Merci Sébastien, c'est très appréciable ce retour de compliments.
    La machine à mots est un poil grippée, je devrais m'en occuper, d'ailleurs !

  3. seb haton wrote:

    Un peu d'huile dans les rouages ?
    Parfois, cela suffit :)
    Amicalement,
    sébastien h.

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