Petite psychose de salle de bains

 

En ces temps de chaleurs, moiteurs et autres douceurs estivales, j’ai eu envie de parler de mes peurs de salle de bains. 

J’ai toujours eu une angoisse vraiment irrationnelle : j’ai peur de fermer les yeux trop longuement quand je suis sous la douche. C’est absurde, quand on y pense : j’adore fermer les yeux pour toutes sortes de raisons (confort, câlins, une tartine bien croustillante), et je dors comme un bébé dans les transports en commun (!) ou dans les parcs.

Non, la douche, c’est une vraie psychose.
Et évidemment, je n’ai jamais vu le film d’Hitchcock.

 

Décortiquons donc cette appréhension due à une multitude de petits détails, voulez-vous ?
Déjà, on est nu comme un ver, là-dedans. Et quand on le regarde sans aucun artifice, l’être humain n’est pas à proprement parler une machine de guerre. Froid intense, soleil de plomb ou attaque violente, sa constitution est fragile, a fortiori s’il n’a pas été au préalable entraîné au Krav maga.

Le blob qui croyait en l’évolution | Nus, nous ne sommes plus qu’une sorte de pâte à pain aux couleurs douces, aux courbes pastel, et nous n’avons ni poils, ni griffes ou carapace d’aucune sorte pour faire illusion (évidemment, un homme-charançon n’impressionnerait que les inconditionnels de Kafka). Personnellement, ce n’est qu’une fois habillée, harnachée, préparée, que je me sens plus ou moins prête à affronter le monde extérieur. Le corps est protégé, codifié, un peu mieux maîtrisé. Merci donc, chères circonvolutions cognitives ! Sans elles, nous ne serions qu’un vague souvenir dans la galerie de l’évolution co-dirigée par rats, dauphins et fourmis dominant la Terre (je me demande à quoi leur fast-foods ressembleraient, tiens).

Donc à part la nudité, sous l’eau de la douche et les effluves de gel « sans savon (du savon sans savon, ça m’a toujours fascinée) à la pêche plate de Polynésie »… on est dans une pièce fermée, glissante, dont les murs et le miroir éventuel se couvrent d’une épaisse buée de condensation. On ne voit donc pas derrière soi. Le piège, le vrai. Si d’aventure on subissait une attaque monstrueuse, il faudrait déployer des trésors d’ingéniosité pour sortir de la baignoire ou du minuscule carré de douche  sans encombre.

Arsenal | Et puis en matière d’objets contondants, laissez-moi rire ! Il n’y a rien pour se défendre : quelques pots de crème de jour et de masques pour cheveux indisciplinés-qui-ont-les-pointes-sèches qui ne ravagent que le porte-monnaie. Et une pince à épiler ou une poire à lavement n’ont jamais, que je sache, fait partie de l’arsenal du parfait petit tueur à gages – on n’est pas chez Tarantino.

Donc, j’essaie de ne pas fermer les yeux lorsque je prends une douche, parce que sinon, je suis immédiatement saisie de panique. Ce que j’imagine tient de la peur ancestrale : une ombre noire avec un chapeau (ne me demandez pas) surgit de nulle part – c’est très important, de nulle part, et me saute dessus à travers le rideau de douche. Je m’entraîne donc régulièrement à garder les yeux fermés sous l’eau pour, petit à petit, me débarrasser de cette irrationnelle flippe.

It’s caturday, folks | Et ça marchait, jusqu’au jour où mon chat a voulu jouer avec son ombre, en équilibre sur le rebord de la baignoire, s’est pris les pattes dans le rideau de douche, me fonçant dessus à travers le plastique glacé détrempé. Après avoir lâché un cri que même les usagers du métro ont dû entendre, je me suis dit qu’il fallait tout simplement que je mette un verrou sur cette porte.
Un bon vieux loquet, ça résiste à tout, même aux fantômes à couvre-chef masqués.

Or… does it ?!  [insert rire sardonique here]

 

 

— Marie G.

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13 commentaires

  1. guillaume wrote:

    tu as oublié un élément anxiogène important : le rideau de douche !

    ce truc est hyper ambigu, il laisse passer la lumière, il est fin, mou, mouvant etc et en même temps il peut se passer n’importe quand derrière sans que l’on ne se rende compte de rien…
    …moi, j’ai vu Psychose…

    ps: fermer les yeux sous la douche est obligatoire sous peine de nous mettre du shampoing plein les yeux. c’est à ces moments-là qu’une peur jouissive m’envahissait lorsque j’étais enfant.

    • Marie G. wrote:

      Ouiii Guillaume, très bonne remarque, je déteste ces soi-disant rideaux qui n’ont de rideau que le nom ! Et qui sont tout collants d’humidité, froids et presque opaques – mais pas assez pour ne pas déformer ce qu’il y a derrière et tout transformer en paysage menaçant…
      Justement mes textes sont « à trous » pour que tous viennent parler de leurs rideaux de douche en toute sincérité…
      Et le vôtre, il vous fait flipper ? (voix de journaliste NRJ12)

  2. Bonjour, Marie G., j’écoute votre radio depuis tré lontemps et je voulé vou dire ke sé pa nulle da voir peur des douches. Moi jean prend pas, des douches, et com sa jé pa peur !!! lol lol lol
    Et jé pas de rido non plu (écri rido, sé plu corrèque) parcque sé sale et sa collent au cor et sé froi !!
    Continué à nou fair rir avec vo kronik, jeu vou zembrasse,
    s.

  3. Marie G. wrote:

    Ici Radio-douche, merci Mister S (M-S), même dans le texto-staïle je reconnais votre prose !
    Welcome back, ô commentateur officiel.

    Bisous, comme on dit sur Twitter.

    M.

  4. ApoChromatic wrote:

    Haha, bien raconté !
    Le cadenas et le pare-douche vitré sont deux conditions pour se rassurer. Et peut-être une pomme de douche lourde aussi, pas les modèles plastiques cheap. ;)

  5. Emilie wrote:

    L’histoire du chat me rappelle également un truc, sauf que le mien a réellement voulu m’attaquer à travers le rideau. Je suppose que lui même avait peur du bruit, du mouvement bizarre qu’il apercevait derrière cet obstacle ou bien voulait-il seulement jouer à jeu que lui seul faisait rire…? Moi ma peur de la douche se cantonne au pommeau de douche en suspension. Je déteste ça! ça me fait flipper d’allumer un truc qui va m’asperger à un débit et une température que je ne connais pas. Je visualise toujours une vague qui m’ensevelit, m’assommant par son poids et sa force! Inutile de dire que je souffre lorsque je dois me rincer après ma séance de piscine et que je ne suis pas accompagnée! Peur enfantine mais d’où viens-tu?

  6. Marie G. wrote:

    Oui Alexandre, très bonne suggestion, et ma pomme de douche, en plus d’être lourde, est lumineuse (comme on le voit sur la photo) pour bien voir la pomme de l’Ennemi !
    Emilie, ouiii cette appréhension de ce qui vient du haut à une température non contrôlée et se précipite sur toi, tu n’es pas la seule à flipper à la piscine ! Plusieurs personnes dont je tairai ici le nom m’en ont parlé également.
    On va créer un groupe de parole « peurs de salle de bains »… il semblerait qu’il y ait un marché à prendre !!

    • Valérie wrote:

      Comment?… c’est le pommeau de ta douche sur la photo??? :-o Mais quelle déception, quel prosaïsme, quelle trivialité, alors je ne pourrai plus me laisser fasciner par la représentation de ce qui était indubitablement pour moi, du moins jusqu’à présent, une soucoupe volante? (oui, merci le correcteur orthographique, en effet une soucoupe colante ça ne veut rien dire)
      (en plus c’était trop bien parce que dès que je voyais cette image, j’avais en tête la petite musique entêtante venue de l’espace sifflement-extraterrestre-style qui sert notamment de générique à l’émission Nanarland sur Allociné *sigh*)

  7. pHm wrote:

    Rhhôôôooo, que c’est c** un chat! (pourtant, j’adore ces bêtes, jusqu’à ce que je vive toute seule – ou presque – et que je sois chargée de passer l’aspi pour enlever les poils…).. et puis, rhhhôôôooo, c’est dommage (oui, pour les humains restons poli) d’avoir peur sous la douche… je trouve que c’est le moment le plus décontractant (et a priori je suis en minorité!), après avoir vérifié et reglé la température de sortie du pommeau biensûr! rien de tel de fermer les yeux et laisser couler l’eau sur les « courbes pastel » enlevant toutes les tensions et autres bêtes noires.. pendant des minutes…. pas très écolo (…pire qu’un bain? en fait, dans ton bain, est-ce que tu plonges et ouvres les yeux sous l’eau?). pas contre, je ne suis pas non plus adepte du rideau de douche collant… bref, je n’ai pas du chutte pour mon fil à aiguille mais je te remercie pour ce plaisir par procuration de mettre en mots le desordinaire et laisser ricocher le ressenti de ton auditoire. et je te claque des bises (car, ça, on ne peut faire sur twitter).

  8. Marie G. wrote:

    Si j’avais su que cette note pleine de vapeur nous rendrait si bavards… j’aurais prévu plus de place !
    Valérie, je suis désolée, mais oui c’est bien lui, mon trivial et prosaïque pommeau de douche… le mystère est levé ! J’adore aussi le jingle de Nanarland, vivent les « soucoupes colantes »… c’est très bon !
    PH, je sais bien, quel écoeurement pour mes « courbes pastel »… héhé…
    Mais les névroses se fixent parfois sur des moments très très proches du plaisir, pauvres de nous. Mon chat, ce bêtasson, n’y est pour rien si je vois des fantômes « enchapeautés »… héhé.
    Merci de me suivre, et bises z’aussi filant jusqu’en Bretagne.

  9. La peur sous la douche ??? Tient, ça fait un certain nombre d’années que je n’ai plus ce genre d’appréhension. Faut dire, faut dire, …, que, compte-tenu de mon âge quasi canonique, les synapses et les neurones de mon muscle rachidien sont devenus quelque peu paresseux ; de fait, certaines de mes phobies ont déserté ma sphère encéphalique.

    Dans la douche que j’utilise quotidiennement (et oui, plus on vieillit, plus on pu), point de soucoupe volante, de rideau collant tant qu’hideux, de gel sans savon (quelle horreur quand on a la chance de vivre dans notre beau pays qui a inventé le savon de Marseille) et, il y a quelques décennies déjà que je n’abrite plus de chat (mon animal préféré avec le cochon qui souvenons en, est l’animal le plus proche de l’homme, du moins anatomiquement parlant).

    Le savon, et oui, le savon, fut-il de Marseille ou d’ailleurs, voilà l’origine de la plus grande peur qu’un homme (masculin), disons dans la normalité de la pensée judéo-chrétienne, peut éprouver. Une petite lumière dans un coin de mon cortex endormi s’allume à ce propos.

    Comme ceux de mon âge avancé et qui n’ont pas eu la chance d’être réformé, j’ai fait mon « service national » plus communément dénommé « service militaire ». La douche était un exercice bien plus périlleux que le maniement des armes. Ici, peu importait que l’eau soit un plus froide qu’à la maison. Il ne faut pas oublier qu’on se rendait sous la fameuse douche qui n’était pas entourée de murs ou autres artifices tels que rideaux ou cages de verre, à « oilpé » devant tous les camarades qui étaient dans le même cas de figure. La peur, quasi générale, était inhérente au fameux savon qui, une fois humecté et dégoulinant de flotte, glisse entre les doigts malhabiles et choix sur le carrelage de céramique blanche de la fameuse douche. Voilà le moment précis où la peur devient irraisonnée ; il va bien falloir récupérer l’objet graisseux tombé à terre, donc se baisser. A ce moment précis, la tension est à son comble.

    En ces périodes reculées, le piou-piou » ne pouvait pas sortir de la caserne pour cause qu’il y faisait « ses classes » et que la gente féminine y était inexistante ; d’où des pulsions inavouables de quelques 2èmes classes en mal d’amour.

    Certes, la psychose n’avait rien d’hitchcockien, mais le suspense torride battait son plein.

    Gros bisous

  10. Belle môman wrote:

    Ma puce, je pleure de rire à la lecture de la prose de Bôpapa, mais je ne suis pas certaine que ce soit ta tasse de thé….

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