Lorsque la mousse tache…

Je trouve ça touchant, cet engouement perpétuel pour le chat. Si, vraiment.
Pour preuve : je l’ai toujours adoré, sous toutes ses formes : rageur, docile, poils ras ou rastas, élimé, roublard, sournois, racé. Même intouchable, je l’aime, le chat.
C’est bien le compagnon rêvé de l’artiste « môdit » ; on voit d’ici la scène : dans la pénombre d’une pièce couleur crème rancie s’étire le fauve aux yeux mi-clos. Au plafond, un ventilateur tourne au ralenti, surplombant des monceaux de feuilles couvertes d’une fine écriture nerveuse, une épaule crispée, une chevelure dense d’auteur traversé d’idées, suspendu aux lèvres muettes de ses muses. Seul le chat, dormant des heures d’affilée parfois dans des postures à la limite du surréel, ouvrant de temps à autres ses grandes mirettes translucides, pourrait accompagner ce silencieux exercice qui consiste à accoucher d’une œuvre lisible, visible.

Le chat de Colette, le chat de Boris Vian, le chat de Joann Sfar. Bon, exceptons Ronsard.

Mais pourquoi donc avoir assigné à son artiste ledit chat ?
Quid du serin, de la tortue de terre ou du paresseux, ce doux mammifère ? Qu’a le minet, entre ses poils plantés serré-serré, qui nous attire pour mieux nous prêter à penser qu’il nous échappe ?

Par un effet mythique, et ici on imagine sans peine les palais égyptiens résonnant de miaulements, il nous semble rafler la palme de l’indépendance, à l’inverse du chien, associé au dressage, obéissant, collé à son maître. Le minet aurait-il simplement compris que suivre son ventre mène au bonheur et que, sans se préoccuper de liberté, on l’acquiert du même coup ?
Aurions-nous donc tant besoin de nous affranchir artificiellement d’une sensation d’aliénation qui nous colle au train, pour avoir des chats en sautoir, comme de petites amulettes de sauvagerie ?

On peut voir par exemple ces cyniques indépendants, célibs, solitaires, clubbants, qui repeignent le monde à grands traits sarcastiques, analysant la communauté à travers un prisme de références connexes, et qui ont un beau jour adopté un chat, le couvrant de merveilles achetées à prix d’or au BHV animalier. Le chat est une tendresse autorisée, et on dirait parfois que c’est la seule.

La classe d’animaux à laquelle appartient le chat peut s’enorgueillir de l’exclusivité du cri de choupinerie ou du murmure d’approbation neutre que suscite toujours l’aveu du « j’ai un chat ». Avoir un micro-félin, c’est juste un must.

D’ailleurs, celui qui vit chez moi, file mes collants et dort dans mes undies, il a la classe : c’est un cas soc’ (il a vécu dans la rue et chez des gens superméchants) et a un « HEY » very pop art tatoué dans l’oreille.

Le chat, c’est une drogue dure. Ne commencez jamais.

 

Prochaine note, Junior,  in 2 weeks, baby ! 2 weeks !

— Marie G.

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4 commentaires

  1. Guigui wrote:

    Bon je crois que j’ai pas trouvé ; mais la première chose à laquelle j’ai pensé en lisant ton message facebook, c’est au chat « retourné comme une chaussette » de Rachel ; d’ailleurs, je ne me rappelle plus son nom.

    Je voulais dire aussi que Claude Lévi-Strauss, misanthrope devant l’éternel et pessimiste aguerri, avait un chat ; faudrait mieux dire, n’avait qu’un chat.

    • Ma-Li wrote:

      Ha-ha ! Je vais voir si ton acolyte trouve, elle…
      Hé oui, Lévi-Strauss qui avait délaissé sa propre race au profit d’une boule de poils !
      Heureusement pour nous, il avait aussi bien approfondi l’analyse de ladite race d’abord.

  2. Tout ce que tu dis est faux.
    Le vrai comparse de l’artiste est le petit lévrier italien, mais l’artiste ne le sait pas. Pour preuve, essaie de trouver un portrait de Berthe Morisot au parc, par Manet. On y voit distinctement un petit lévrier se dresser contre la jambe de Berthe.
    Le chat est surtout l’ami du fauteuil et du poêle ;-))
    s.
    PS : je les adore, pas de méprise…

    • Ma-Li wrote:

      Ah oui, ma note appelle le mode « Petit-boutien ou Gros-boutien » !
      Je vois ce tableau à l’instant, et il me semble que le chien est aussi un trop grand ami des jambes des artistes ou des non-artistes… ahem.
      Ceci dit, vos chiens jolis font très « félins »… je trouve !

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