Rêves : les mondes parallèles

2012-07-21 21.26.24.23

« We were playing chess, you said I was boring and then you took off your energy mask and you were Cameron Diaz! » (Phoebe, in Friends, épisode 522)

 

Plongée dans les lambeaux du quotidien | « Virginie m’ouvre la porte, elle m’invite d’un geste à entrer et elle me tourne le dos. Et je me dis qu’en fait, c’est pas vraiment elle : sa peau tire sur le renard argenté, et à l’arrière du crâne, elle a un autre visage bleu pâle qui, lui, me parle dans une langue, mais un truc genre espéranto. Ensuite, comme la Seine s’est mise à monter, on embarque dans la Dame de Canton qui largue les amarres. Sauf qu’elle a du mal à avancer, la jonque : l’eau s’est raréfiée, et au fond, on ne voit que des minuscules billes noires. À y regarder de plus près, en fait, ce sont des milliers de petites maisons troglodytes habitées par des bernard-l’hermite… et ils crient tous : « Lo-g’ment décent pour tous les invertébrés ! »… Bon, là, comme ça devenait un festoche de l’absurde, je me suis réveillée. »

Les rêves sont de parfaits ice breakers au petit déj’ entre  mal-réveillés. Ce sont des machineries complexes et ingénieuses déguisées en vagabonds mal attifés.  Perte de dents, de cheveux, trains lancés à toute allure, fantasmes tordus (MOTHER?! IS THAT YOU?!) ou fantômes déformés…

Des labyrinthes sombres et complexes aux rencontres sans visages, des ninjas souples et agressifs aux portes qui s’ouvrent sur des paysages kafkaïens, des escaliers qui ne mènent nulle part, des gens dont la présence nous rappelle quelqu’un mais qui n’en ont ni l’apparence, ni la voix, bref : des logiques en apparence incontrôlables…

Qui n’a jamais rêvé de choses précises sans en saisir le sens ?
Anxiogène ou exaltant, le rêve est un univers à part entière…

Meyer_Nightmare

© Marcel Meyer :  tous ses gifs animés cauchemardesques ici.

Dico des songes : petit florilège | Pour expliquer ces chutes de tissu psychologiques, que j’apparente personnellement au besoin de notre cerveau de faire le tri et de devoir retailler le patron de nos p’tites âmes essoufflées de vivre tant d’événements à la minute, il existe des dictionnaires des rêves, rédigés par des types aux références (très) douteuses, ou venant de mondes… parallèles.

 

Par exemple, j’imagine un pauvre hère encore mal réveillé qui, ne comprenant rien à ce songe où il a couru après un rongeur dans des couloirs aux murs verts émaillés de miroirs ternes, puis a chopé son train de banlieue peuplé d’usagers aux belles boucles de bergers grecs, ouvre un dico des rêves et découvre ceci (j’ai rajouté d’autres références. Trouvez les intrus.)* :

Perdre ses dents ………………… Indique la mort d’un proche
Rêver d’un miroir terne ………… Vous vous prenez pour un ange.
Rêver que vous possédez une tortue………………………………. Les gens vous trouvent très mystérieux (sic)
Rêver d’un train qui déraille…… Si vous êtes dans ce train : vous perdrez un procès ( ?!)
Rêver de voir des cheveux bien frisés……………………………….. Une belle amitié (qui commence, qui finit ?)
Rêver d’un hamster……………… Vous serez abusé et compromis.
OU : travail lent et patient.
Rêver de la couleur verte………. Pâle : espoir. Foncé : désespoir ( !)

 

Oracle à la manque | Cette analyse sauvage, paradigme divinatoire à la symbolique impénétrable, rappelle  les oracles grecs en version « collection à 2 € ».

Le fait est que nous sommes pratiquement seuls à détenir la clé de nos rêves, et pour cause…  Carl Gustav Jung disait à ses ouailles :  « Apprenez le plus de choses possibles sur le symbolisme. Puis oubliez tout ce que vous avez appris lorsque vous analysez un rêve ». Ce conseil est d’une telle importance pratique que je me suis imposé de toujours me dire que je comprenais pas suffisamment le rêve d’autrui pour pouvoir l’interpréter correctement. »**

Si le rêve pose autant de questions, c’est qu’il contient, à des doses homéopathiques, une dose infime de molécules empruntées à notre quotidien. Rien ne se perd, tout se transforme. Les rêves seraient un peu les « peaux mortes des émotions d’autrefois »*** , comme dirait l’Hipolito d’Amélie Poulain, l’écrivain raté un rien indolent incarné à l’écran par le regretté Artus de Penguern…

Pour recoller les morceaux de puzzle égarés, rien de tel qu’une petite plongée dans nos plus récentes rencontres et actions.

Je veux dire, la nuit dernière, j’ai rêvé que j’accouchais d’un poussin anthracite mangeur de placards. Je sais donc qu’il est temps de dépoussiérer ma piaule, laissée à l’abandon depuis des lustres. Ce n’est pas signe que je vais avoir une grosse rentrée d’argent en billets de 5 euros, ni que je vais découvrir qu’un sadique habillé en gris foncé me trahira vilement dans 13 jours et demi. Quoique.

 

 ≡ Apppel à témoins : appelez le 3890… Prochainement, un carnet de rêves.
Et vous, avez-vous un rêve récurrent, fou, joli, flippant, qui hante vos nuits ? Tell me ! 

 


http://www.dictionnaire-reve.com

* C.G. Jung, in L’homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964, p 52/53/56.

** « Sans toi, les émotions d’aujourd’hui ne seraient que la peau morte des émotions d’autrefois », Hipolito, in Amélie Poulain, J-P Jeunet, 2001

— Marie G.

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