Le dentiste

What I think about when I think about what you do #2

Dr._Riviera

Dr Riviera – Simpsons Wikia

De retour sur les landes fabuleuses de l’étrangeté des métiers (cf le maître-nageur, ici).

 Aujourd’hui : le dentiste.

Je ne sais pas si c’est parce que j’ai oublié un bon millier de fois mes rendez-vous chez lui, ou si c’est l’image persistante d’un film d’horreur qui circulait en VHS sous les Schott (« on échange notre scratch ? ») du collège, mais c’est un peu alarmant, de choisir comme carrière celle qui consiste à examiner plusieurs heures par jour la cavité buccale d’autrui, non ?

Des dentistes, j’en ai eu plein. Mon premier souvenir, c’est Monsieur Thuong, le dentiste familial du 9-3. Il était situé entre un restaurant asiatique et… un autre restaurant asiatique, et un coiffeur de quartier au nom pourvu d’un jeu de mots douteux que j’ai oublié. Un coiffeur qui m’a un jour fait un « carré plongeant », parce que ça m’allait bien. Enfin, je croyais.

 


Monsieur Thuong avait toujours un regard bienveillant
derrière son masque blanc terrifiant. Il était super calme, même quand il s’agissait de tenter d’infliger une anesthésie sous forme de seringue géante à une enfant qui avait encore peur des dinosaures (merci, Jurassic Park, vraiment, merci). A ce jour, je crois qu’aucun des plombages qu’il a installés n’a sauté. Mais les grands traumas ne prennent pas uniquement naissance dans la petite enfance. Monsieur Thuong a eu maints successeurs, qui se sont chargés de forger en profondeur ma terreur des chirurgiens-dentistes.

Je pense à un médecin au patronyme couleur de soleil, remplaçant de ma dernière doctoresse des dents (Insupportable elle aussi : « Mais arrêtez de vous étouffer toutes les trois secondes, je ne peux pas travailler enfin !!! Ne faites pas l’enfant. ») qui, lui, avait la manie de bosser en tongs Havaianas et me souriait de toutes ses dents lorsque moi je ne pouvais le faire, engoncée que j’étais entre la lumière aveuglante, le coton dans la bouche et la seringue bien plantée sous la prémolaire. Il souriait, encore et toujours, quand j’avais mal mais que je ne pouvais rien dire.

Je me disais en mon for intérieur « Ce type me rappelle le docteur véreux dans les Simpsons ».

dentist

« Hob and stage doctor », xylographie anglaise, début 19e.

C’est archétypal, c’est quasiment raciste. Mais aussi c’était flippant à quel point j’avais l’impression qu’il allait sortir une ficelle, une potence, attacher ma mâchoire à la première et tirer dessus tandis que la foule en délire me regarderait me tortiller au bout du fil. Oui, comme dans les gravures. D’ailleurs, la scène est en sépia dans ma tête. Je ne suis pas folle, vous savez.

J’ai quelques peurs un rien infantiles. Alors, pour les assimiler correctement et “respecter mon enfant intérieur” (c’est très en vogue ce concept, je me demande juste comment on fait quand on a envie de faire pipi au lit ou de piquer une colère à la fête du boulot parce qu’il n’y a plus de Carambar au coca dans le paquet), récemment, j’ai décidé d’aller voir le dentiste d’une amie, qui est dentiste… pour enfants. Son assistante est d’une patience déconcertante et parle très lentement, avec un sourire de vétérinaire pour petites bêtes duveteuses (Pokéball, go !). J’ai été très déçue, simplement, parce qu’il ne donne pas de sucette à la fin de l’intervention (n’y voyez aucune allusion sexuelle, mais bien un archétype de médecin gâteux né de mon imagination nourrie aux images d’Epinal). Il me fait jamais mal, ni peur, ni rien. Jusqu’au jour où, peut-être, le son de la fraise va s’intensifier légèrement, et que la lumière baissera dans le cabinet. Je sentirai un frisson me parcourir l’échine et là j’entendrai « Ne vous inquiétez pas, Marie, c’est juste une coupure de courant… »

Alors, partants pour un petit curetage ?

— Marie G.

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