La rentrée ou « Le choix de Marie » | De vive voix #1

 

Je me suis dit que ça devenait trop 2D par ici, et comme je relis toujours mes billets à voix haute et que j’ai fait des voix off cet été pour 10 Par Être… je lance une rubrique sonore enregistrée au Studio Mastoïd.

Ne soyez pas indulgents, ne soyez pas flemmards, c’est la rentrée, mettez un casque et dites-moi si – et comment – ça vous parle, je vous prie !

On ne se refait pas : vous avez le texte juste en-dessous du lecteur, si vous êtes perdus.

M.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

 

C’est la rentrée, mais je n’ai pas envie de produire sur « la rentrée ». C’est trop millimétré, en plus le hashtag est complètement saturé. Il aurait fallu un peu de nostalgie à la clé, quelques odeurs de papier grands carreaux et de protège-cahiers plastifiés… Et aussi du neuf. Et là, en tête, je n’ai que des doutes.

Je sais pas vous, mais en ce qui me concerne, la rentrée, c’est synonyme de décisions. Et là, comme dirait l’autre : « un doute m’habite ». On ne cherche pas ici la contrepèterie. On cherche le sens à donner à sa vie. Et comme toujours dans ces moments cruciaux, j’entends une voix de ténor ténue, venue des tréfonds de ma mémoire vacillante, une voix bien dans le cliché Jiminy Cricket aux hormones de croissance. Elle me dit « Tes choix te déterminent. Gamine ». Merci bien Bouddha, Gandalf, ou créature verte à oreilles pointues et à la syntaxe de jamaïcain rétroversée. Moi, j’avance à l’intuition, j’ai plusieurs casquettes et ça me va très bien, merci beaucoup.

Sauf dans de rares cas où un interlocuteur bienveillant (ou pas) vient titiller mon assurance d’électron-libre-hors-du-moule-pression-sociale-connais-pas.

Par exemple,  lors d’une interaction sociale plus ou moins arrosée, juste après avoir annoncé votre profession, lorsque votre interlocuteur a pour réponse un laconique « ah bah, au moins, tu fais ce que t’aimes ». Ce à quoi je comprends «  Ça ne sert à rien, mais c’est sympa d’avoir 10 ans à vie pendant que moi je suis utile à ma société préférée en lui servant de maillon solide… ». Ça, ça donne un sacré coup dans le casque brillant de ta légitimité. Remarque, je ne sais pas si je préfère ça à « Au moins ça va, t’es bien payé ». Sous-entendu possible : « Ton activité principale revient à tuer des bébés dauphins et des renards roux à la machette, et sinon, tu dors bien la nuit ? »… ça peut aussi signifier qu’on a l’impression que tu bosses au Ministère de l’Information dans Brazil (le film, pas le magazine).

Dans la même catégorie de dialogues, on retrouve aussi les conversations avec les gens très très carrés. Des gens que j’aime côtoyer, parce qu’ils sont à l’heure, qu’ils ont toujours des mouchoirs sur eux, et moi pas. En tant que proches, ils sont rassurants. Mais quand une de ces personnes fort cartésiennes, qui exerce une profession tout à fait définissable et reconnue par la société, te demande ce que tu fais dans la vie, la difficulté à assumer l’indéfini face au défini peut basculer dans une envie d’agressivité fantasque : « Moi ? Ah, je visse des bouchons sur des tubes de crème anti-hémorroïdes pour payer les études de mon frère qui a décidé de devenir ingénieur à 8 ans. Comme il est surdoué et surtout que c’est un garçon, on se cotise tous pour l’aider. Enfin…et toi, ça se passe bien, dans ton cabinet médical ? »…

Il y a également dans notre vaste existence ces interrogations plus superficielles

Le sens complexe de l’assertion « Tiens salut, je ne t’avais pas reconnu-e »… ou comment interpréter un regard qui se porte vers la racine de tes cheveux au lieu de flotter entre les yeux et la bouche comme il est de rigueur ?! Je passerai sous silence les doutes provoqués par certaines découvertes de salle de bains (oui, je suis traumatisée par cette pièce, voir billet précédent). Couleurs et matières oubliées dans les bondes ou les serviettes éponge forment souvent un beau ballet d’interrogations qui viennent rejoindre d’autres questionnements cernés de zones d’ombre, comme la coupe militaire des femmes qui dépassent la soixantaine, ou la théorie des cordes (à ce propos, il faut regarder The Big Bang Theory, saison 2, épisode 2 !).

Je préfère encore chercher à répondre à des mystères personnels, qui sont légion comme vous le savez. Et écouter ceux des autres, qui peuvent être bien riches également. En cette période de remaniements et d’obédiences nouvelles donc, le Désordinaire vous souhaite une belle rentrée.

Soyons mous, soyons fous, soyons, quoi !

 

PS : Oui, j’ai remarqué que je vouvoyais puis tutoyais mon interlocuteur fictif. C’est que je commence à me sentir intime avec lui. Si, si.

— Marie G.

Partage donc ce billet avec autrui


3 commentaires

  1. Pascal wrote:

    Salut Marie, J’ai bien ri et j’aime beaucoup le texte. Le son avec ton interprétation est désopilant, mais pas seulement. Le « Au moins tu fais ce que t’aimes » m’évoque bien des choses. A plus.

  2. Marie G. wrote:

    Tant mieux si tu as ri ! Il paraît que c’est encore plus accessible de vive voix… c’est noté !
    Eh oui ça évoque des choses à tant de gens ! A très vite et merci…

  3. séb haton wrote:

    Chère vous,

    Je suis très emballé par cette association son/texte et je vous envie beaucoup d’avoir osé la tenter là où mes textes sonores restent désespérément iphones (du « i- » privatif et de « phone- » ‘ensemble des animaux du monde’ ; le premier qui me fait un procès pour publicité se verra infliger une remontrance linguistique).
    « Lisez-moi à haute voix ! » disait l’auteur Pierre Fullet dans un désormais célèbre discours au congrès annuel des sourds-muets de Seine-et-Oise.

    Quoi qu’il en soit, je retrouve dans ce beau texte deux des éléments qui participent de votre charme : votre talent d’écriture et vos perpétuels doutes sur la validité de votre existence humaine. Si le premier est légitimement destiné à vous donner des ailes, le deuxième s’échine à vous les rogner.
    Je veux dire : en dehors de ceux qui vous nourrissent, vous protègent, vous soignent et vous élèvent l’esprit, à quoi servent tous les autres ? Ne répondez pas « à rien ! » en sautant à pieds joints autour du sofa. Le vendeur d’appareils technologiques pourris qui crament au bout de deux jours est au moins aussi utile que Pierre Rabhi. Question de regard, sans doute. Ce que je veux exprimer est que la notion d’utilité est totalement biaisée dans le monde qui est le nôtre par nécessité. Ne seraient utile que ceux qui participent à « l’effort de créations des richesses ». Ne ricanez pas, nous ne sommes pas loin du non-sens, car la seule vraie richesse de ce monde, ce ne sont pas ce que nous produisons, c’est nous, NOUS ! Rien que NOUS ! Vous et moi, les autres et vous, les êtres.
    L’oublier est la preuve que l’on se méprise, et je sais que vous ne l’avez pas oublié.

    C’est toujours un plaisir de vous lire, bien que le temps cet assassin ne me laissât pas le faire auparavant.

    Bizzzz
    s.h.

Lire les articles précédents :
Hophophop

La rentrée du Désordinaire, c'est le 4 septembre. Comme pour les enfants de France et de Navarre. Je suis dessus....

Fermer