Errance – Nouvelle courte

Suite et fin de la première série « 10 fois 7 mots » – inclus ici, le reste des mots à placer, en gras dans le texte ;)
Il s’agit de la suite des aventures d’un héros créé pour les Rimotises, édition 2011. Un héros volontairement murakamien, tout à fait « normal ».

Il n’avait jamais été du genre à radiner.

Il savait qu’elle aimait les agapanthes… Mais Dieu du Ciel, où trouver des agapanthes un dimanche, le fameux dimanche où ils s’étaient rencontrés ?

C’était une sorte de panique ténue qui l’habitait, lui qui ne connaissant que la légère déprime des dimanches soirs avant la reprise du rythme quotidien. C’était déjà un sentiment extrêmement expansé par rapport à ce que son cerveau et son corps pouvaient naturellement supporter. 

Jamais aucune vague d’angoisse ne le saisissait. Il était assez imperméable aux entrée-sortie hormonales, aux va-et-vient et aléas de l’âme humaine. Il était, en tous points, serein, lymphatique, un panda doux, une sorte de mollusque, mais intelligent et apte.

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Tout en lui fonctionnait parfaitement, simplement, ne lui venaient jamais dans le sang ces coups d’éclat qui venaient parfois aux autres – dont à elle, elle, elle… pour qui il bravait la fraîcheur de cette fin de journée.

Elle pour qui il était dehors, dans une errance étonnante, en dehors de ses horaires habituels. Il en ressentait comme une sorte de gêne : à arpenter les trottoirs de la ville, il lui semblait presque que quelqu’un allait lui rappeler, comme quand il était gosse, l’heure du couvre-feu. C’est ça : il avait l’impression d’être au bord du maquereautage

« C’est fou », se dit-il, balayant d’un geste de l’esprit cette sensation de culpabilité, « Comme je ne sens jamais ce vent frais d’ordinaire sur ma peau – ou alors en sortant de voiture, avant d’entrer dans un restaurant, un cinéma, dans notre bar habituel, ou chez nous ». 

Sa balade dura longtemps.

Ainsi gonflé d’importance par sa mission pour sa dulcinée et porté par quelques menus éléments météorologiques, et le vent dans les cheveux, qu’il avait rares d’ailleurs, il finit par arriver, fier comme un lancier, devant une station-service au bord du périphérique, et tomba sur des brassées d’agapanthes, croyez-le ou non. 

A prix d’or, il en acheta de quoi parer tout un régiment après la bataille de la Somme.

Le fait qu’en rentrant chez lui, la demoiselle de ses pensées fut endormie, ne changea rien à sa victoire florale. Il garda des années, parant cette nuit d’un filtre sépia, le souvenir d’un renouveau dans sa vie, acté précisément pendant ces quelques heures d’errance.

« Tout ceux qui errent ne sont pas perdus ». 

NB : Citation originale : Not all those who wander are lost – J.R.R Tolkien.

— Marie G.

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