Egalité

Je prends des cours du soir de journalisme cette année – j’ai fait un exercice joliment nommé « la chasse aux papillons », l’article devant se saisir de « scènes de vie » et de « personnages marqués ».
J’ai appris à écrire avec moins de première personne du singulier… plus d’ils et elles, plus d’eux, donc !

A écouter les débats toujours houleux autour du mariage pour tous, et les médias s’en donnant à cœur joie, je vous livre ici le résultat.

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A deux jours de l’ouverture du texte de loi par l’Assemblée, les partisans du mariage pour tous étaient dans la rue.

 « C’est une belle journée, pourtant, c’était pas gagné », rit une femme dans le cortège. Ils sont beaucoup à battre le pavé, ce dimanche 27 janvier, pour la manifestation en faveur du mariage pour tous. C’est une manif en douceur où le calme des évidences règne.

La météo prévoyait un temps terrible, mais le ciel est d’un bleu azur pour l’heure du rendez-vous, fixée à 14h, place Denfert-Rochereau.
La lumière superbe, les visages sereins. Je capte quelques conversations, certaines politisées, d’autres… un peu moins : « C’est pas possible pour lui de prendre une décision contraire, c’était dans son programme, en référendum, ça ne passera jamais… », « …Et alors je lui ai dit, tu prends tes affaires, et tu te casses. Tu comprends, j’en avais marre de laver ses assiettes sales, à cette nana. On a tous nos bagages, moi y compris… ».

Au loin fusent quelques cris d’enfants surexcités par les mouvements de foule, et les tambours de la batucada font vibrer les hautes fenêtres des immeubles haussmanniens. Dans le cortège, une mixité totale : des familles entières, avec l’air de mettre leurs enfants chez Montessori, mais aussi des jeunes au style plus banlieusard, et des « vieux de la vieille » aux yeux clairs et au sourire indélébile. Dans la foule lente, une grande jeune fille en jupe de tweed très courte, dont le bichon se laisse parfois traîner sur les pavés humides. Tout le monde la prend en photo, et une dame derrière elle murmure « peut-être que le clébard est contre le mariage homo » !

Toujours au rythme cadencé, le cortège emprunte le boulevard Saint-Germain. Un petit groupe est soudé autour d’un fil à linge.
Sur le fil bleu tendu entre eux, trois bodys pour bébé : « C’est une belle journée », lit-on sur celui du centre, d’un rose layette.
Les slogans se suivent sans se ressembler : « Deux papas pédés, des enfants mieux habillés »… « Jésus a deux papas et une mère porteuse »…Quelques « anti » mariage pour tous, restés hors de la procession, brandissent, eux, des pancartes détaillant leur point de vue. Ceux qui les croisent se tournent, lisent le contenu, sourient, leur envoient pour certains un baiser.

Le son des tambours se fait plus fort : la batucada s’est arrêtée pour une petite chorégraphie finale. Tous les musiciens font converger le rythme vers un paroxysme qui prend au ventre. Le croisement auquel nous sommes arrêtés laisse passer quelques rayons de soleil. Deux jeunes femmes s’embrassent soudain, quelques couples se prennent dans les bras. L’égalité est là, paisible, forte, tranquillement affichée. Une larme roule sur la joue d’une de mes voisines, la tête sur l’épaule de son ami.
La menace homophobe [1] n’est momentanément qu’un lointain souvenir, on en prend conscience soudain, là, dans l’œil du cyclone, où un semblant de paix règne.

Dans le cortège, près de la Bastille, l’Eglise de la Très Sainte consommation est venue défendre les couleurs du mariage homosexuel avec des pancartes Rolex flambant neuves, des doudounes noires presque chromées, un discours prônant l’achat compulsif. Impossible de capter la profondeur ou l’ironie de leur démarche.

Nous arrivons sur la place au son saturé d’une chanson de Mika, entendue sur les ondes des centaines de fois. Tous massés sous le génie de la Bastille, les marches de l’Opéra bondées comme pour entonner un chant religieux. Là, j’aperçois le sens du combat, le poids des mots « égalité des droits ».

Fais comme les autres garçons
Va taper dans un ballon
Tu deviendras populaire…

Qu’est ce que t’as, t’as l’air coincé,
t’es défoncé ou t’es gay
Tu finiras comme ton frère…

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Egalité_0
Egalité_1
Egalité_2


[1] Ici, je ne peux m’empêcher de penser à la fameuse citation de Morgan Freeman : « Je déteste le mot homophobie. Ce n’est pas une phobie, vous n’avez pas peur, vous êtes juste des connards. »

 

— Marie G.

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