Celui qui, à jamais, dort

Entendre ses textes puissamment mis en voix par 90 choristes, ça fait un petit quelque chose.
La basilique Sainte-Clotilde était pleine à craquer ce 2 juin pour le Requiem de Mozart (les chaises craquaient elles aussi, et à 600 sous la nef, on les entend) et sous les retables colorés, quelques discrètes larmichettes ont dû perler. Dirigé par Alain Charron pour le Choeur des Ecos, avant le Requiem, on a pu entendre « Celui qui, à jamais, dort »… Belle chance donnée à un jeune musicien que de précéder le maître !
Les mots mis en voix, portés, incarnés par un souffle formidable, je les ai reconnus juste à temps. La différence d’avec un texte publié, c’est la dimension conférée par les voix aux mots choisis pour la composition de mon frère. C’est regarder au loin le caillou plat qu’on a lancé pour faire un ricochet sur la rivière : on sait bien le geste que l’on vient de faire,  mais l’objet nous est déjà étranger, rendu magique par la portance des flots.

C’était beau Le projet, j’en parlais ici. J’ai donc écrit sur une composition originale de Louis Godart. Ce projet, familial s’il en est, est écoutable ci-dessous grâce à Jean-François Soubelet, notre cousin – musicien venu en écouter un autre. Comme j’étais toute éprise du spectacle, la photo, c’est lui aussi.

A écouter, et à lire ci-dessous… Vous nous direz !

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Quelle triste messe – Triste messe

Salue votre âme, Ô Roi…

Cette fin de règne nous accable…
Notre roi mort en mer,

Si vaillant combattant
Pourquoi, Maître des éléments ?

Ô si bon Roi… notre Roi, notre Roi
La couronne du Juste s’est brisée
Qui désormais peut la porter

Adieu cher souverain
Adieu cher souverain

Vous preux chevalier
Noyé dans la nuit

Avec vous notre espoir enfui
Ne nous laissez pas ainsi
Tourmentés, sans guide
Ô prisonnier des Néréides
Dans sa demeure, attend et rêve

Vous fûtes si bon, loyal, source d’inspiration
Tant d’enfants ont porté vos noms

Séchons nos larmes
Marchons, droit
Dans les pas de notre roi

Ô grand souverain

Sa figure surplombe l’horizon
Nous rend la raison

Cessons ces clameurs, adieu douleur
Edifions en son honneur

Une ample citadelle

Aira

Aira

 

Descriptif :

 « Celui qui, à jamais, dort est une pièce pour orchestre et chœur composée à la demande d’Alain Charron. Elle peut être envisagée comme l’hommage d’un peuple à son monarque, disparu lors d’un voyage en mer. Le texte, écrit par Marie Godart (et parsemé de discrètes références à l’oeuvre de H.P. Lovecraft), en dépeint les sentiments.

Au delà de son aspect fictif et fantastique, on peut appliquer à cette œuvre un deuxième niveau de lecture plus universel : elle peut également illustrer le cheminement de l’esprit humain en situation de deuil.

Le passage central, joué aux trombones, clarinettes et trompettes, fait office d’éloge funèbre et assure une transition dans une ambiance de recueillement propice à la réflexion.

La partie finale, dans une nuance globale piano symbolisant l’apaisement, s’achève sur un accent de timbale marquant la fin d’une époque et le début d’une autre. Le morendo de la dernière mesure prend, de fait, tout son sens : le cheminement est à son terme, car on a finalement accepté de laisser partir celui que l’on a perdu.
La vie peut continuer. »

— Marie G.

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2 commentaires

  1. Pascal wrote:

    Victor Hugo disait : « Défense de déposer de la musique au pied de mes vers ! »
    Personne n’aurait osé s’opposer à cette exigence définitive.
    Et pourtant, il aurait été possible, sans cela, d’espérer entendre les créations conjointes du grand Victor et de Beethoven et Saint-Saëns, voire Debussy.
    Ce samedi soir, c’était Marie à la plume d’écrivain et Louis à celle du musicien.
    Même si le public était venu écouter plusieurs œuvres musicales, il fallait les mots les plus purs pour offrir des images et susciter un rythme, avant que la musique vienne leur donner l’air pour un vol intégral.
    J’étais présent ce soir-là et je peux témoigner que les musiciens, le chœur et le public découvraient ensemble un univers.
    Il fallait oser faire ce voyage avant le maître qu’est Mozart.
    Ceux qui l’on fait, dont l’auteur de ces lignes, témoigneront peut-être avoir découvert, trop brièvement sans doute, un monde et deux créateurs, qui se reconnaissent bien, pour au final permettre le vrai moment de création : celui où le public écoute.
    Et il écoutait avec recueillement Celui qui, à jamais, dort.

    Bravo à tous les deux Louis et Marie pour votre talent, qu’a mis en valeur celui d’Alain Charron, des musiciens et des 90 choristes.
    Londres attend déjà…

    • Marie G. wrote:

      Merci pour ce commentaire ô combien paternel, et d’avoir fait le voyage avec nous !
      Il paraît qu’à Londres, c’était très beau aussi.
      Captation bientôt en ligne, j’espère…

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